(1) "L'homosexualité, ce douloureux Problème"

Publié le par Sashaa

J’ai retrouvé la retranscription de l’émission radiophonique intitulée « L’homosexualité, ce douloureux problème ». présentée par Ménie Grégoire le 10 mars 1971.Rappelons que cette émission fut le déclencheur du mouvement du FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire). Bonne lecture !  

 

L’HOMOSEXUALITE, CE DOULOUREUX PROBLEME

 

 PREMIERE PARTIE

 

 Musique de générique

  Ménie Grégoire. - Ici Ménie Grégoire qui vous dit bonjour à tous, vous entendez la salle Pleyel remplie à craquer et qui fait beaucoup de bruit, car nous venons d'avoir depuis une demi-heure une discussion absolument passionnée et passionnante sur l'homosexualité que nous allons continuer sur l'antenne. Mais avant de donner la parole aux gens qui connaissent bien la question pour des tas de raisons diverses, je vais essayer de résumer ce que moi, j'ai entendu pendant trois ans et ce que j'ai essayé de comprendre et ce qu'on m'a dit car les lettres d'homosexuels tiennent dans mon courrier une très grande place...

 Je crois qu'on m'a dit trois choses : on m'a dit premièrement que c'est un accident, qu'on ne naît pas comme cela, qu'on ne s'y attendait pas, contrairement à ce qu'on croit, on a dû le devenir, on ne sait pas comment, les gens qui savent vous diront que c'est par un mauvais rapport avec le monde, représenté souvent par les parents ; on m'a dit deuxièmement que tout être humain entre douze et quatorze ans peut se tromper, il passe toujours une phase où il n'a pas encore choisi, où il est un peu perdu et ça peut arriver à tout le monde ; la troisième chose qu'on m'a dit, c'est que la notion de culpabilité, qui est très importante dans ce cas-là, vient de la société et que la société culpabilise très différemment les hommes et les femmes.

 Elle culpabilise les hommes et pas les femmes et les lettres que j'ai reçu des homosexuels garçons, jeunes, me disent qu'ils sont malheureux, qu'ils sont malheureux jusqu'à des envies de suicide et que cette découverte est un drame et c'est pour cela que je vais poser le problème comme il m'a été posé, comme une chose pas drôle, comme une chose finalement importante et qui peut arriver dans toutes les familles, à tous les enfants de chacun de nous. Alors ceux qui ne souffrent pas, bien sûr, ne m'ont pas écrit, mais il y en a qui m'ont écrit en me disant qu'ils ne souffraient pas pour faire de la propagande, c'est-à-dire se réhabiliter et j'en conclus que quand on a besoin de se réhabiliter, c'est qu'on est quand même culpabilisé d'une façon ou d'une autre.

 Alors maintenant je vais donner la parole aux gens qui sont là. Je sais déjà ce qu'ils ont à dire, ils ont beaucoup de choses à dire. Je crois que Claudia voudrait dire un mot.

 Claudia. - Moi je voudrais témoigner en tant qu'assistante, Jeanine et moi, ils nous arrive tous les jours, quotidiennement, des problèmes extrêmement graves, cruels, la souffrance des gens qui s'expriment et qui nous ébranlent toutes les deux. Très souvent dans ces problèmes, des homosexuels. Je sais qu'il y a des homosexuels qui assument leur homosexualité, en particulier dans la salle aujourd'hui. Mais il y a tous ceux qui souffrent et qui ne savent à qui parler, qui ne savent à qui s'adresser et qui écrivent à Ménie. C'est une réelle souffrance, il s'agit presque toujours de très jeunes, ils parlent toujours de suicide et on les sent bannis de la société et ils sont très très malheureux. Je vais lire dans les cris de la vie une lettre, n'importe laquelle, écrite par un homosexuel à Ménie :

 « Je suis un garçon de 19 ans et j'envisage de faire ma vie conjugale avec un homme, je vais vous poser, à vous, la question fondamentale : est-ce possible ? Est-ce monstrueux ? Je suis président d'un club de jeunes, j'ai tenté au début de me suicider mais si à trente ans il n'y a pas d'amour vrai, d'amour fidèle dans ma vie, [je] préférerais la mort à une vie sans but ; or aucune femme ne m'intéresse. Ce sera cela ou la mort, à moins que je n'acquière une autre personnalité. »

 Ménie Grégoire. - Je crois que là le problème est bien posé, il est posé par toutes les lettres que j'ai reçu comme ça. Est-ce que vous voulez qu'on le pose autrement ? Dans la salle il y a des gens qui ont posé ces questions. Vous voulez qu'on demande à Yves Guéna (?) qui est psychanalyste de nous expliquer ce que c'est ?

 Le psychanalyste. - Je crois qu'il faut partir des éléments de base ; l'amour est une attirance irrésistible qui pousse deux êtres l'un vers l'autre et les amène à certains actes dits sexuels et normalement cet élan se passe de l'être d'un sexe à un être de l'autre sexe, et il arrive que par accident, cet élan se passe entre deux individus de même sexe. Voilà pour la définition de base.

 Ménie Grégoire. - Est-ce que ça peut arriver à tout le monde ? que pensez-vous de la position que je prends, que c'est pour moi un accident, c'est à dire une immaturité, c'est l'impossibilité de dépasser un certain stade qui est l'instant d'hésitation entre son sexe et l'autre.

 Le psychanalyste. - Je prendrais la même position que vous, tout au moins c'est ce que l'expérience m'a montré, à savoir que quand un homme est homosexuel, et qu'il adoptait un rôle féminin, c'est généralement que sa virilité, sa masculinité, n'était pas développée.

 Ménie Grégoire. - Alors nous avons dans la salle un homosexuel qui a dit autre chose, qui a dit : moi je n'aime pas les femmes parce que quel est celui qui a dit ça, levez la main que je vous donne la parole, il était devant.

 L'homosexuel. - Ma mère était une femme qui était croyante, très pratiquante, qui a souffert par les autres femmes, car mon père avait beaucoup de maîtresses et personnellement, étant enfant, j'en ai beaucoup souffert. Mon frère aîné était comme moi, il a beaucoup souffert et justement la question que je voulais poser à Ménie : il s'est marié par la faute d'un prêtre. il est malheureux maintenant d'être marié.

 Ménie Grégoire. - alors que il n'aurait pas dû épouser une femme ?

 L'homosexuel. - Alors normalement, il n'aurait pas dû épouser une femme et de plus il s'est marié dans l'espoir d'avoir des enfants, il n'en aura jamais.

 Ménie Grégoire. - Je vous remercie, car là vous posez le problème religieux, on pourrait peut-être demander au père Guinchat (?) de répondre, et de donner la position enfin devant une histoire comme celle-là. C'est à dire un prêtre qui a poussé un homosexuel à se marier, qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous l'auriez fait ?

 Le prêtre. - Je crois que le prêtre qui a pris une position de ce genre est sorti de son rôle. Un prêtre n'est pas un psychologue et il y a des quantités de domaines où il doit reconnaître son incompétence. Combien de fois il m'arrive de dire à des gens qui viennent parler avec moi, ce n'est pas mon rôle, allez voir un médecin.

 Ménie Grégoire. ­ Mademoiselle dans la salle

 Une femme dans la salle. - Je crois que le psychiatre le psychanalyste qui vient de prendre la position qu'il vient de prendre a pris une position qui est profondément antiféministe, profondément sexiste et qui plus est, fait appel à une conception, à savoir la virilité, qui me paraît actuellement assez indéfendable.

 Ménie Grégoire. - Vous voulez qu'on parle à égalité de l'homosexualité masculine et féminine.

 Une femme dans la salle. - Pas seulement. Je pense que de toute façon, dire que l'homosexualité masculine résulte du fait qu'on assume pas sa virilité, c'est déjà poser la virilité d'une certaine manière et que ça demande à être justifié pour le moins.

 Ménie Grégoire. - Vous voulez répondre, tout de suite ?

 Le psychanalyste. - Oui, malheureusement je crois que c'est une question qui nous entraîne trop loin (Rires dans la salle.) parce que quand j'ai dit qu'un homme n'a pas développé entièrement sa virilité, il faut faire appel à des connaissances, à des structures de l'individu assez profondes. Donc je dis bien, ça entraîne trop loin et il est très difficile de répondre sur ce plan. Il est un autre plan sur lequel il est plus facile de parler, c'est ce qui a amené l'individu à ne pas atteindre son développement et alors là, nous tombons dans un domaine dont on peut largement parler qui est celui du milieu, qui est celui des principes, de l'éducation et qui joue évidemment un rôle fondamental. Alors je voudrais compléter ce que j'ai dit sur un point. Ce n'est pas parce que j'ai dit que je considère que l'homosexualité est un accident et même dans une certaine mesure un accident regrettable, que je considère que, tant que l'individu est dans une situation d'homosexualité, il ne doit pas vivre sa vie le mieux possible dans son homosexualité, il faut distinguer deux temps : l'origine et la façon dont l'homosexuel a le droit de vivre.

 Ménie Grégoire. - Alors là, je vous pose une question précise. Quand vous, psychanalyste, vous voyez quelqu'un qui vient vous trouver en disant je crois que je suis homosexuel ou je le suis, je voudrais en sortir ­ parce que ça arrive ­, est-ce que vous considérez que c'est réversible et comment ?

 Le psychanalyste. - Sauf dans les cas rares où la dominante chez un homme, la dominante féminine, est vraiment flagrante et semble irréversible. Dans la plupart du temps, on peut dire que l'homosexualité est un accident et que normalement elle se résoudra. (Agitation dans la salle.)

 Ménie Grégoire. - Oui. Autrement dit, il y a des cas où c'est irréversible, même pris très jeune ?

 Le psychanalyste. - Très rarement irréversible, oui, absolument. Alors, d'autre part, jamais je ne prendrais le fait homosexuel comme point de départ, je regarderais l'ensemble de la vie de l'individu et si il est parfaitement épanoui dans l'ensemble de sa vie et qu'il ne semble souffrir de rien d'autre, eh bien, la question de la normalité de son homosexualité pourra parfaitement se poser.

 Ménie Grégoire. - Voilà. Autrement dit, quand vous les trouvez équilibrés, vous ne vous sentez pas le droit de les changer, d'autorité. S'il peut s'assumer comme cela, vous leur dites, allez-y donc.

 Le psychanalyste. - Absolument.

 Ménie Grégoire. - Ça c'est clair. On continue.

 Une femme dans la salle. - Alors l'intervention du psychanalyste a en effet mis les choses tout à fait au clair, on ne peut pas parler de l'homosexualité sans parler de la pathologie de la sexualité en général qui est évidemment la sexualité officielle, c'est à dire l'hétérosexualité. On a donc à faire à une pathologie où pour s'aimer dans notre société, un homme doit être viril. La virilité signifie à la fois un sentiment subjectif de domination et de supériorité sur la femme.

 Ménie Grégoire. - Mais non !

 Une femme dans la salle. - Et aussi, bien évidemment, une situation objective de supériorité. Si on comprend bien, pour ne pas devenir homosexuel, et pour avoir des relations avec l'autre sexe, un homme doit d'abord avoir cette pathologie, c'est-à-dire qu'il doit d'abord y avoir cette inégalité entre les sexes.

 Ménie Grégoire. - Alors là, madame, moi, je vous interromps. Vous dites une chose qui est à analyser. Parce qu'elle manifeste, en disant cela, une espèce de refus de l'homme et elle considère l'homme quand il vient lui faire l'amour comme venant l'embêter et l'écraser de sa supériorité. Une femme normale (Cris dans la salle.) une femme qui est hétérosexuelle ne trouve pas qu'on l'écrase, elle trouve qu'on lui fait un joli cadeau. Alors vous continuez ? Et croyez moi, il est de qualité ce cadeau-là.

 Le psychanalyste. - Je voulais dire que c'est vous-même qui associez virilité à supériorité, je n'ai jamais rien dit de semblable.

 Ménie Grégoire. - Abso-lument ! Dieu merci, il n'y a plus que moi qu'on entend vous voyez que la salle est en pleine confusion. Je voudrais passer le micro à un jeune homme non une dame, Madame, à vous ?

 Une femme dans la salle. - Je pense effectivement qu'il y a ici une confusion très grave. Quand on a suivi un enfant pendant des années et qu'on a pu se rendre compte de l'évolution de cet enfant, eh bien, on se rend compte que tout simplement que c'est une question d'éducation, il y a eu au départ un accident, vous l'avez dit, Ménie. Cet accident provient souvent du fait que la mère elle-même était traumatisée. Incon-sciemment, il y a chez la mère un refus de l'homme pour des raisons qui viennent aussi de son enfance, mais c'était inconscient ce refus, mais l'enfant le sentait à travers ce qu'elle était. Et alors cet enfant très jeune a voulu aimer sa mère et lui faire plaisir et pour lui faire plaisir il s'est identifié à elle tout simplement.

 Ménie Grégoire. - Je vous remercie de cette belle analyse vécue. Je voudrais vous poser une question pendant qu'on vous tient, Madame. Vous m'avez dit tout à l'heure que vous avez découvert vous-même cette tendance chez un enfant de cinq ans. Vous l'avez emmené à des psychiatres et il a évolué dans le même sens.

 Une femme dans la salle. - Très jeune, il refusait son sexe, il voulait des poupées ; bien sûr il voulait porter le nom de sa mère, il refusait le nom du père, il venait se pelotonner parce qu'il voulait prendre sa place, là où c'était sa place, en somme il y avait un refus complet du père.

 Ménie Grégoire. - Je crois qu'on a rien à ajouter, c'est éclatant, c'est tout simplement une analyse sans prise de position, allons-y.

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Publié dans Le grenier

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A
Merci ! je me demandais depuis longtemps ce qui avait bien pu se dire, maintenant, je le sais ! <br /> Juste une p'tite remarque : pourrais tu penser à bien indiquer à chaque fois d'où tu tires les textes. Ca nous permettrait de pouvoir nous y rendre aussi, et en plus ca te protege de tt reproche genre atteinte à la propriété intellectuelle et tt ca..<br /> A bientot !
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S
Exact Ali, merci ! En plus, je viens de me rendre compte que la fin n'est pas visible, l'article doit être trop long.... je vais le refaire en deux parties...<br /> Donc pour ce texte, je l'ai trouvé sur le site "Le séminaire gai", ici : http://semgai.free.fr/<br /> A l'avenir je ferais attention ;)